Cet extrait de l'ouvrage Les fourmis ont-elles un trou du cul ? vous est offert par Micro ApplicationEst-il possible de vendre son âme ?
Sara O’Keeffe, Irlande du Sud
J’apprécierais beaucoup que vos lecteurs répondent à cette question d’une façon ou d’une autre. J’étais au pub il y a quinze jours, et mon pote Terry m’a demandé s’il pouvait acheter mon âme pour l’argent qu’il avait dans sa poche. Terry s’en sort très bien – il dit qu’il a une maison de vacances à Marbella et sa femme Tracy est plutôt bien roulée – alors j’ai dit, bon, d’accord. Alors Terry sort ce contrat, et je le signe avec mon propre sang, et Terry se met à rire, à ricaner plutôt, et à appeler tous les démons de l’enfer, Belzébuth, Moloch, Mammon, que sais-je encore, et les lumières de la machine à sous, près du bar, se mettent à clignoter follement, et le feu dans le foyer du Queen’s Head se déchaîne, et il se lève et me darde des regards noirs comme le diable en personne, lève les mains vers le ciel, et hurle triomphalement, suscitant des images de ma propre personne étendue sur un chevalet, mes entrailles picorées par les corbeaux, d’innombrables années s’étendant devant moi comme des grains de sable sur une plage, condamné à vivre plongé jusqu’à la taille dans du sang bouillant, la cendre brûlante des millénaires faisant pleuvoir du feu venu du ciel sur ma tête découverte, se glorifiant du tourment éternel de mon âme.
Puis, il met les mains dans ses poches, et les en sort : deux livres cinquante.
Ça ne m’a même pas permis d’acheter une pinte de bière, alors je suis un peu fumasse, pour être honnête. Y a-t-il un moyen pour que je récupère mon âme, à votre avis ?
Trevor Nonce, Leicester
Malheureusement, Trevor, comme tant de vos prédécesseurs, vous êtes malencontreusement tombé dans un enfer juridique. Nous devons simplement vous empêcher d’arriver réellement en enfer (mais si vous voulez faire appel, vous ne manquerez pas d’y trouver des tas de cabinets juridiques).
Bon, vous avez signé un contrat avec votre propre sang, donc jusqu’à un certain point, on pourrait dire que vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-même. Si l’on peut démontrer que votre sang contient des traces d’alcool, je pourrais être en mesure de faire quelque chose. Mais les tribunaux divins peuvent se montrer très difficiles sur des affaires comme celle-ci, et infliger de sévères châtiments quand ils perçoivent que quelqu’un s’est attiré des ennuis par pure cupidité. Vous devez avant tout contacter le prêtre de votre paroisse locale et un expert immobilier pour faire évaluer votre âme, rédiger un CV parfaitement à jour et fournir vos déclarations d’impôts pour les quatre dernières années et un formulaire B4751.1AA de votre agence locale de l’ANPE, et j’écrirai au Vatican pour vous obtenir une aide spirituelle. Au pire, nous devrions pouvoir leur soutirer quelques vacances agréables et une relation sexuelle avec une célébrité mineure (inférieure à Nichelle de Girl Saints mais supérieure à celle qui avalait son propre pied dans I’m a Celebrity…3, disons), plus les frais de justice. Trevor, vous vous êtes trouvé un avocat !
Brian Angelfood-McSpade, St Angus, Renfrewshire
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S’il y a deux côtés à la « force » dans La Guerre des étoiles, pourquoi Dark Vador ne se convertit-il pas au Côté lumineux ?
Brent Fingle, Dingle Bay, Irlande
C’est une excellente question, qui ajoute du crédit au Graal des collectionneurs de Star Wars qu’est l’hypothétique script original du film, dans lequel Luke Skywalker est, en fait, un garçon à l’âme noire entraîné par le maléfique Obi-Wan Kenobi – jusqu’à ce qu’il découvre, dans le cinquième volet (Printemps pour Vador), que son père est en réalité l’amical Colin Vador, prince régent en robe blanche du bienveillant Empire. (Alors qu’il visitait la planète de Yoda, Luke est "mis à l’épreuve" dans une séquence de rêve visiblement homo-érotique où il soulève le délicat masque de mousseline de Vador… et se retrouve à embrasser son propre visage.)
Selon le script, si les rumeurs sont vraies, Colin Vador passe le plus clair du troisième film à essayer de persuader le jeune Luke de se convertir au Côté lumineux de la force lors d’une partie tendue de Jenga galactique. Quand les patrons de la Fox firent remarquer au jeune George Lucas que la scène de Jenga, qui durait quarante-cinq minutes (inspirée par la partie d’échecs du Septième Sceau de Bergman), ferait mourir d’ennui les spectateurs, Lucas céda et changea du tout au tout le plan de la trilogie. De fait, la seule trace de l’histoire originale qui survit dans la série terminée des six films est le nom du clone qui est le père de Boba Fett, Jango Fett (à l’origine Jenga Fett, mais modifié pour des raisons de copyright).
Keith Menace, maître Jedi du conseil d’analyse
De multiples rumeurs se sont répandues à partir de lectures des premiers scripts et des auditions pour le premier film de La Guerre des étoiles. Mon père avait, en fait, auditionné début avril 1975 pour le rôle de Dark Petit, un Sith qui s’est laissé entraîner vers le Côté gris. Dark Petit faisait partie de l’équipe qui codait les factures pour l’Empire et administrait les effectifs de traiteurs, ouvriers, décorateurs, constructeurs de conduits d’aération, etc.
Comme l’a dit Harrison Ford, les premiers films étaient, dans leur ton, plus des comédies qu’autre chose. Les souvenirs de mon père le confirment, par exemple dans une scène qu’il répéta et où Dark Petit dicte une note de service à tout le Trombone de l’espace (une construction tubulaire gris métallisé ressemblant à un trombone flottant), message dénué d’humour et pédant où il décrivait, avec un souci du détail abrutissant, sa tasse à café favorite, disparue de la cantine du vaisseau. Plus tard, quand Dark Vador utilise la force pour étrangler Petit, le grand angle du DVD édition spéciale laisse clairement apercevoir derrière eux la tasse portant l’inscription « vous n’êtes pas obligé d’être fou pour travailler ici, mais ça aide » et le bol de céréales aux couleurs de l’arc-en-ciel sur le bureau de Vador, à côté de quelques papiers.
Randolph Albemarle, Evergreen, Arkansas
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Pourquoi les moutons ne rétrécissent-ils pas quand il pleut ?
R. Poirot, Powdermill Wood, East Sussex
Visiblement, l’auteur de cette question n’a jamais voyagé au-delà des rivages de notre belle île. La réponse se trouve peut-être exprimée avec le plus d’élégance par les journaux de voyage de Robert Louis Stevenson, auteur de L’Île au trésor, qui passa ses dernières années dans l’archipel tropical des Samoa. Assis sous sa véranda à Upolu un soir de 1890, contemplant le coucher de soleil rosé après un après-midi de fortes pluies tropicales, griffonnant ses comptes du mois, Stevenson leva les yeux et aperçut ce qu’il prit pour une file de petits rats blancs qui dévalaient en trottinant les pentes d’une colline avoisinante. Sa curiosité piquée, Stevenson prit sur son épaule un sac de provisions, et partit en quête des mystérieux animaux.
Ce qu’il découvrit le stupéfia : un troupeau de minuscules moutons hirsutes, chacun pas plus grand que la main, que la chaude averse tropicale avait rétrécis – réponse de la nature à une vague de chaleur de quarante degrés. Stevenson expédia immédiatement une missive à son grand ami, le jeune et fringant aventurier Arthur Staunton-Whipsthistle : « Padso – 2 000 guinées pour vous, mon cher, si vous pouvez vous rendre à l’endroit le plus sec de la Terre et me trouver un mouton. Faites-moi savoir ce que vous trouverez. »
Staunton-Whipsthistle partit immédiatement (ou du moins, quatre mois plus tard, quand la lettre de Stevenson arriva à Londres). Quatre autres mois plus tard, il se retrouva dans le désert d’Atacama au Chili, dont certaines zones n’avaient pas vu la pluie depuis des générations. Il fut pour le moins surpris de ce qu’il y découvrit : de vastes troupeaux errants d’énormes moutons, de la taille d’un éléphant. En aspergeant doucement un des moutons avec de l’eau dont la température avait été scientifiquement mesurée comme étant de vingt-deux degrés, ou celle d’une légère averse normale sur une colline galloise, Staunton-Whipsthistle faillit tomber de son lama en voyant un des nobles mastodontes rétrécir lentement jusqu’à la taille d’un mouton britannique ordinaire. Il remporta les deux mille guinées, et Stevenson fit fortune en envoyant des millions de minuscules moutons tropicaux à Liverpool, où leur valeur tripla immédiatement grâce au temps plus frais des Îles britanniques.
Mary Peters, cercle des tricoteuses, Tombouctou
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Pourquoi les gens, quand ils veulent se montrer offensants, disent-ils « sans vouloir vous offenser… » ? Ou quand ils veulent être drôles, « Je ne cherche pas à être drôle, mais… » ?
Amy Rowe, Crouch End
Ces deux expressions remontent à l’époque élisabéthaine, où elles étaient employées par les acteurs pour adoucir et ritualiser leurs réactions frustrées par les interruptions des spectateurs payants. Sous une pluie constante de trognons de pommes, de crottes séchées, de gravier et de souris mortes, les conditions de travail dans le théâtre jacobéen moyen suffisaient à éprouver la patience du plus expérimenté des acteurs ; en conséquence, comme nous pouvons le voir dans l’index de la première édition des œuvres complètes de Shakespeare, une longue liste de réponses toutes faites fut dressée pour répondre à des réclamations spécifiques du public. Ces réponses devaient être apprises par cœur, et répétées sans réflexion aucune par le jeune acteur sous pression.
Ainsi, le bruit d’un serviteur sonnant à l’extérieur du théâtre la cloche annonçant un message personnel de quelqu’un – précurseur du téléphone portable moderne – recevait pour réponse ce cri rauque : « Gentil seigneur, je ne souhaite en rien vous offenser, mais je prétends que vous n’êtes qu’un béni-oui-oui et un tripoteur de chiens ! (« footballeur » constituait une autre insulte favorite). En réponse à des marmonnements répétés qui interrompaient le spectacle : « J’aspire à ne pas ironiser par mes paroles, mais le spectacle d’aujourd’hui évoque assez l’idée de patauger dans une sauce à la tomate » (le jeu de mot grossier est clair pour tout le monde). Mais le plus célèbre exemple de cet usage se produisit peut-être pendant la représentation privée d’un masque pour le roi Édouard VI, âgé de dix ans, qui ne cessa de bêler à l’adresse de sa mère : « C’est bientôt fini ? » à des intervalles de cinq minutes pendant tout le spectacle. Le célèbre acteur Richard Burbage lui aurait répondu : « Je ne souhaite aucun mal à Sa Majesté, mais bien qu’un véritable artiste s’efforce de créer de la beauté, quelque aimable personne ne pourrait-elle pas bâillonner et ligoter cette petite merde ? »
Le commentaire de Burbage, dit-on, suscita de joyeux rires dans une grande partie de la cour, mais une heure à peine après que le rideau fut tombé, il fut sommairement décapité, découpé en rondelles et donné en pâture aux corbeaux de la Tour de Londres.
Charles Stanforth, Professeur d’études théâtrales,
Ces deux expressions passèrent en réalité dans le langage courant à la fin des années 1950, grâce à un personnage mineur de la série populaire de la BBC Billy Bunter, qui dura de nombreuses années. Les premiers épisodes présentaient l’un des meilleurs amis de Billy, Teddy Ripley, que l’on surnommait « Rippers ». Sa formule favorite consistait à commencer chaque phrase par « Sans vouloir vous offenser… », avant de dire la pire chose qui lui passait par la tête, ou par « Je ne cherche pas à être drôle, mais… » puis à sortir un quelconque mauvais jeu de mot. L’habitude s’étendit rapidement aux cours de récréation et devint très commune dans tout le pays. Ripley demeura également dans les mémoires pour sa manie de se glisser, d’une façon hilarante, derrière d’autres garçons pour leur pincer les fesses. Cela prend une connotation sinistre quand on pense que l’acteur, Ralph Underwell, était en réalité un homme de soixante et onze ans d’apparence extraordinairement juvénile et au visage étonnamment rond, tandis que les autres membres de l’équipe étaient réellement de jeunes adolescents. Il y eut des rumeurs, énergiquement niées par sa famille, selon lesquelles la police était sur le point d’agir à son encontre quand il mourut d’une crise cardiaque pendant le tournage des derniers épisodes en 1962.
Gerald Fitzcake, Phosphorous, Nouvelles-Galles du Sud
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Adam et Eve commirent-ils l’inceste ?
Tommy Nakamura, Hawaï
En bref, sur le plan technique, non. Puisque Eve fut effectivement construite à partir de la côte d’Adam, on peut tout au plus les accuser d’une forme plutôt baroque de masturbation. Cependant, cette question me fournit un espace de discussion pour révéler une extraordinaire lacune dans la traduction de l’hébreu masorétique de l’Ancien Testament original, qui jette une lumière neuve sur l’ensemble de la Genèse. Pour raviver la mémoire des lecteurs, le passage concernant la progéniture d’Adam et Eve passe directement de Caïn à Noé, et continue :
… Abraham engendra Isaac ; et Isaac engendra Jacob ; et Jacob engendra Judas et ses frères ; 1 :3 Et Judas engendra Phares et Zara de Thamar ; et Phares engendra Esrom ; et Esrom engendra Aram ; 1 :4 Et Aram engendra Aminadab ; et Aminadab engendra Naasson ; et Naasson engendra Salmon ; 1 :5 Et Salmon engendra Booz avec Rachab ; et Booz engendra Obed avec Ruth ; et Obed engendra Jesse ; 1 :6 Et Jesse engendra le roi David ; et le roi David engendra Salomon avec celle qui avait été l’épouse d’Urias ; 1 :7 Et Salomon engendra Roboam ; et Roboam engendra Abia ; et Abia engendra Asa ; 1 :8 Et Asa engendra Josaphat ; et Josaphat engendra Joram ; et Joram engendra Ozias ; 1 :9 Et Ozias engendra Joatham ; et Joatham engendra Achaz ; et Achaz engendra Ezekias ; 1 :10 Et Ezekias engendra Manassé ; et Manassé engendra Amon ; et Amon engendra Josias ; 1 :11 Et Josias engendra Jéchonias et ses frères, vers l’époque où ils furent emmenés à Babylone ; 1 :12 Et après qu’ils furent emmenés à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel ; et Salathiel engendra Zorobabel ; 1 :13 Et Zorobabel engendra Abiud ; et Aibud engendra Eliakim ; et Eliakim engendra Azor ; 1 :14 Et Azor engendra Sadoc ; et Sadoc engendra Achim ; et Achim engendra Eliud ; 1 :15 Et Eliud engendra Eléazar ; et Eléazar engendra Matthan ; et Matthan engendra Jacob ; 1 :16 Et Jacob engendra Joseph l’époux de Marie, dont naquit Jésus, qui est appelé Christ.
Tout cela est bien joli ; sauf que d’après mes études du manuscrit original, je vois qu’un quelconque idiot – c’est stupéfiant – a traduit incorrectement l’hébreu ( ) par « engendra », quand en fait il signifie « cogna ». Tout ce passage est en réalité extrait d’un parchemin complètement différent du reste de la Genèse, et, contesterais-je, présente le récit (plutôt verbeux) de rien de plus notable qu’un accès d’hooliganisme dans l’Antiquité moyen-orientale.
Professeur Ladywell,
De fait, ils commirent l’inceste, et en de très nombreuses occasions. Parfois lentement et magnifiquement, parfois, après une dispute peut-être, brutalement et avec grand étonnement. Fréquemment, la notion seule d’inceste les submergeant (bien qu’aucun autre humain n’ait alors existé, ils connaissaient le doux parfum de la transgression) les poussait à des accouplements frénétiques, dans une tentative pour étancher ce désir impossible à satisfaire. Leurs enfants furent touchés d’une façon similaire par cette folie bénie (sur laquelle, partout ailleurs, la Bible conserve un silence respectueux) et ainsi, nos premières générations s’épanouirent sous l’effet de ce "péché" le plus naturel qui soit avant que la séparation n’engendre un malaise, et que cette pratique ne commence à être vue d’un mauvais œil.
Evêque Bartholomew Flame, Diocèse de Kentobi,